Combien d’anciens élèves des jésuites dans le monde? Une chronique du Père René Berthier sur Europe I

Chronique du Père René Berthier sur Europe I le 23 septembre 1990

Vous savez combien dans le monde on compte d’anciens élèves des Jésuites ? 3.750.000 ! 60.000 en France ! Bien sûr, être ancien élève des Jésuites est une référence, mais ce n’est pas une garantie de christianisme : ont été éduqués par les fils de Saint Ignace de Loyola aussi bien Descartes, Corneille, Molière, Voltaire, Diderot, Balzac, Foch, Lyautey, Saint Exupéry, Bunuel, Hitchcock, de Lattre, de Gaulle, Fidel Castro et le général Jaruzelski. Y a-t-il un point commun entre tous ces hommes ? Difficile à prouver. Il y a en tout cas un sérieux dans la transmission des valeurs de la culture classique. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas rien ! Même si cela s’accompagnait de rigidité et de volontarisme.

Dans quelques jours se réuniront les responsables des 24.600 jésuites du monde, ceux qu’on appelle les « provinciaux » parce qu’ils sont à la tête des diverses provinces qui constituent la Compagnie de Jésus. La rencontre aura lieu en Espagne, au cœur du pays basque, là où est né le fondateur : Inigo Lopez de Loyola. Pourquoi ce lieu difficile d’accès ? Parce qu’il y aura 500 ans qu’Ignace y vit le jour, 13ème enfant d’un hobereau basque, enfant évidemment destiné à la carrière des armes. Mais une blessure au siège de Pampelune allait orienter autrement cette vie dont la fécondité spirituelle devait marquer l’Eglise catholique pendant cinq siècles, déjà ! Plus précisément, il y aura 450 ans, le 27 septembre 1540, le Pape d’alors approuvait officiellement la création de la Compagnie de Jésus. Depuis, au cours des siècles passés, il y eut des hauts et des bas ! Mais quelle force missionnaire au service de l’évangile, partout dans le monde ! Au service direct de la papauté, ce qui est une de leurs caractéristiques voulues par Ignace de Loyola, et que les jésuites d’aujourd’hui savent intelligemment ne pas transformer en docilité infantile.

Quand on se veut missionnaire non plus d’un pays, mais d’un monde, il faut d’abord pressentir l’avenir. Une des fonctions des jésuites est le discernement du futur. C’est dans cette perspective qu’ils ont, dès le début, opté pour l’éducation des élites dans leurs collèges. Mais c’est pour la même raison qu’aujourd’hui ils ont délaissé ces collèges pour choisir d’autres engagements : dans le Tiers-Monde, en milieu ouvrier, parmi les scientifiques (qu’on pense à Teilhard de Chardin) ou parmi les artistes… Leur discernement manqua de clairvoyance au 19ème siècle : ils optèrent contre la liberté presque tous. Est-ce pour cela qu’aujourd’hui ils sont à la pointe de ceux qu’on dit « progressistes », notamment en Amérique Latine ? Reconnaissons qu’ils payent le prix de leurs choix apostoliques : en Europe de l’Est comme en Salvador, et ailleurs, ils ont connu les prisions, les camps, les assassinats. Sait-on qu’un noviciat clandestin continuait à former les jésuites dans la Roumanie de Ceausescu ? Avec les risques que l’on devine !

Il est possible que l’opinion publique en France continue à suspecter la Compagnie de Jésus de je ne sais quel pouvoir occulte. La « rumeur » a toujours atteint ces hommes intelligents, dont la seule passion est sans doute « d’aider les personnes à devenir ce qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes », comme le déclarait le général des jésuites ces jours-ci. Qu’importe leur réputation, qui est d’ailleurs en train de changer selon un sondage paru dans La Vie. Les chrétiens se réjouissent de voir les Jésuites continuer à se faire « chinois avec les chinois, russes avec les russes », ouvriers, médecins, chimistes, journalistes, marins ou physiciens, et aumôniers ou prêtres en paroisse. Avec au cœur le désir de révéler l’Esprit du Christ au plus profond des personnes qu’ils rencontrent.

René Berthier

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